les domaines de compétences des urbanistes

« Loin de se réduire à un aspect réglementaire, le travail de l’urbaniste vise à définir et mettre en forme le projet territorial des collectivités locales. Son rôle est d’anticiper les dynamiques d’urbanisation en apportant aux élus locaux une aide à la décision politique leur permettant d’arbitrer sur les localisations les plus cohérentes (activité, emploi, logement, réseaux de transport) pour la gestion optimale des mobilités ; de mener une action foncière adéquate ; et de conduire des projets de renouvellement urbain. »

Pour une nouvelle architecture territoriale de l’ingénierie en matière d’urbanisme, rapport d’information de M. Pierre Jarlier, fait au nom de la délégation aux collectivités territoriales et à la décentralisation du Sénat, 17 juillet 2012.

 

Le champ de l’urbanisme recouvre des pratiques professionnelles très diversifiées. Plusieurs contributions, réalisées pour le compte des pouvoirs publics, ont traité des domaines de compétences des urbanistes ces dernières années : le rapport Frébault-Pouyet sur les formations à l’urbanisme et à l’aménagement en 2006 ; le rapport du cabinet ARISTAT en 2011 pour le CNFPT ; et le rapport Jarlier en 2012 sur l’ingénierie territoriale en matière d’urbanisme pour la délégation aux collectivités territoriales et à la décentralisation du Sénat.

Diversité et cœur de métier

« En résumé, il n’y a pas de figure professionnelle unique dans le champ de l’urbanisme et de l’aménagement. La diversité des domaines d’activité, des disciplines d’origine, la cohabitation de spécialistes variés, et parfois de généralistes, est une nécessité ; c’est aussi une richesse.

Cependant, ce qui rassemble ces différents professionnels, et devrait les rassembler davantage :

– c’est un cœur de métier dont l’entrée privilégiée est l’approche de l’espace, aux différentes échelles, croisée avec celle de la société,

– c’est une culture générale qui devrait être partagée et qu’on peut appeler la culture urbaine,

– c’est une référence commune à un ensemble de méthodes et savoir-faire, une capacité à articuler et à assembler des compétences et des disciplines variées.

C’est dans cet esprit que nous parlerons (…) des « professionnels de l’urbanisme et de l’aménagement », ou plus simplement encore : des « urbanistes » »

Renforcer les formations à l’Urbanisme et à l’Aménagement. Rapport de Jean Frébault et Bernard Pouyet aux Ministères en charge de l’urbanisme et de l’Enseignement supérieur, CGPC n° 2004-0332-01, La Documentation française, janvier 2006, extrait (page 29)

 

L’Office professionnel de qualification des urbanistes (OPQU), dans son référentiel « Le métier d’urbaniste : domaines d’activités, fonctions et compétences », recense  7 domaines d’activité et de compétences :

1. Analyse et prospective territoriale ;
2. Conception urbaine ;
3. Production d’opérations ;
4. Gestion urbaine du droit des sols ;
5. Coordination et pilotage de projets territoriaux et urbains ;
6. Animation de projets territoriaux et urbains ;
7. Production des savoirs.

 

A la demande du Centre National de la Fonction Publique Territoriale (CNFPT), le bureau d’études ARISTAT a préparé un rapport intitulé « Compétences et activités des urbanistes dans les collectivités territoriales, Portrait(s) d’un métier en évolution ». Réalisée en 2011 par Paul Gaudric, sociologue, Julie Gobert, docteur en urbanisme, et Xavier Zunigo, docteur en sociologie, cette étude identifie des compétences et des savoir-faire partagés avec les cadres de la fonction publique territoriale telles que :

·      La production de savoirs sur la ville et ses usages ;

·      La négociation avec différents acteurs autour des projets ;

·      La communication, la concertation et la participation autour des documents d’urbanisme et des projets ;

·      La bonne compréhension du fonctionnement des collectivités locales (gouvernance, finances et fiscalité locales) et le bon relationnel avec les élus dans le cadre des processus de décision ;

·      Le management d’équipe ;

·      La préparation et le suivi de projets s’inscrivant dans le mandat politique de la collectivité.

Le rapport identifie également les activités propres aux urbanistes des collectivités territoriales (qui constituent le principal employeur des urbanistes). Ces domaines de compétences et savoir-faire professionnels peuvent également être exercés au sein du secteur de la consultance privée en assistance à maîtrise d’ouvrage ou des agences d’urbanisme parapubliques.

La différenciation des urbanistes par rapport aux autres professionnels des collectivités locales peut s’opérer par champs de spécialisation dans des domaines comme le logement et les politiques d’habitat, le foncier, l’environnement, le renouvellement urbain… Mais les urbanistes disposent aussi des compétences techniques spécifiques en lien avec la maîtrise d’une culture urbaine et territoriale.

C’est particulièrement le cas de la spatialisation des projets de territoire, compétence spécifique des urbanistes qui s’exerce en cartographiant et en « faisant jouer les échelles » pour mieux appréhender les enjeux urbains et comprendre les interrelations entre les territoires. Les urbanistes apportent ainsi une aide à la décision dans le cadre de l’élaboration et de la mise en œuvre de stratégies territoriales et urbaines.

La maîtrise du cadre juridique du droit de l’urbanisme, le travail d’observation de terrain, la capacité d’analyse et d’anticipation ainsi que l’entretien permanent d’une culture urbaine et territoriale sont aussi régulièrement cités comme faisant partie du socle de connaissances et de compétences professionnelles des urbanistes.

 

S’appuyant sur le référentiel de compétences de l’OPQU, les enquêtes nationales sur l’insertion professionnelle conduites en 2010, 2012, 2014 et 2016 par le CNJU auprès de plus de 2000 diplômés au total mettent en exergue (avec une grande régularité) deux missions et domaines de compétences faisant partie du « cœur de métier » dominant des urbanistes aujourd’hui en France : l’analyse et la prospective territoriales (diagnostic de territoires) ainsi que la conduite de projets urbains et territoriaux (coordination, pilotage, évaluation).

Ces deux domaines se dégagent assez nettement devant les autres domaines de compétences que sont l’animation de projets urbains et territoriaux, la production d’opérations  (montage d’opérations d’aménagement/urbanisme opérationnel), la conception urbaine*, la production des savoirs et la gestion urbaine du droit des sols (instruction des autorisations d’urbanisme).

 

Des jeunes urbanistes diplômés formés au diagnostic de territoire :

Ils sont en majorité analystes territoriaux et des coordonnateurs de projets.

domaines-competences-urbanistes-2016

 Source : CNJU-APERAU, 2016 – Enquête auprès de 943 diplômés d’un Master en urbanisme et aménagement du territoire en 2013, 2014 et 2015

Échantillon : 665 diplômés occupant un emploi dans le domaine de l’urbanisme en 2016 (plusieurs réponses possibles).

 

* Domaine exercé principalement par d’autres corps professionnels (architectes, paysagistes, ingénieurs), la conception urbaine est une activité partagée avec ces autres professions, si bien qu’il serait inexact de présenter cette compétence comme faisant partie du cœur de métier de l’urbaniste.